Renouée des teinturiers

Famille : Polygonacées

Nom latin : Persicaria tinctoria

Persicaria tinctoria, la renouée des teinturiers (ou persicaire à indigo) est une plante à fleurs de la famille des Polygonacées, originaire d’Asie Orientale, dont les feuilles sont utilisées pour la préparation de la teinture d’indigo.

Caractères botaniques :

Persicaria tinctoria est une plante herbacée, annuelle, de 50 à 80 cm de haut. La tige est ferme, érigée, rougeâtre, en général très rameuse.

La feuille, portée par un court pétiole de 5 à 10 mm, comporte un limbe vert, virant au bleu-vert en séchant, ovale à largement elliptique, de 3-8 x 2-4 cm, à base cunéiforme. La gaine foliaire (ou ochréa) est tubulaire, membraneuse, couverte d’une pubescence apprimée, à l’apex tronqué et longuement cilié.

L’inflorescence est terminale ou axillaire, en épi dense, de 2 à 5 cm de long, portant des bractées vertes, ciliées, avec chacune de 3 à 5 fleurs. La fleur comporte un périanthe d’un rose vif, de 5 tépales ovales, de 3 mm, 6 à étamines, 3 styles, connés à la base. La floraison a lieu de juin à septembre.

Le fruit est un akène, luisant, inclus dans le périanthe persistant, brun.

Caractères culturaux :

Persicaria tinctoria est originaire d’Asie Orientale et d’Asie du Sud-Est. Cette persicaire est largement répandue en Chine (où son nom chinois est liǎo lán 蓼蓝). Elle fut importée du sud de la Chine au Japon vers le VIe siècle (où son nom japonais est ai アイ)

Elle fut abondamment cultivée en Chine, au Japon, en Corée, en Russie, au Vietnam, jusqu’au XIXe siècle pour la production d’indigo. Elle est toujours cultivée au Japon pour la teinture des vêtements traditionnels.

Usages tinctoriaux :

La renouée des teinturiers est la plante tinctoriale à indigo, indigène de Chine9. Elle y fut largement cultivée dans le Centre et le Sud, avant et après l’introduction de l’indigotier (Indigofera tinctoria) durant la dynastie Tang (618 – 907). Elle était cultivée sur des sols sablonneux, pour ses propriétés tinctoriales et médicinales. C’est une plante qui craint les gelées, demande de l’eau en période végétative et dont la production d’indigo est favorisée par la chaleur. Le climat chaud et humide des régions tropicales et subtropicales lui convient donc parfaitement.

Pour extraire l’indigo, on commençait par mettre les feuilles fraîchement cueillies à tremper dans de l’eau jusqu’à ce que la fermentation atteigne un point critique. On filtrait ensuite puis on ajoutait de la chaux éteinte. On agitait vigoureusement pour incorporer de l’oxygène. Le précipité était recueilli et vendu tel quel aux teinturiers.

L’indigo extrait de la renouée des teinturiers est utilisée depuis des siècles en Chine. Des indications de base pour l’extraction de l’indigo se trouve dans un ouvrage d’agriculture, le Qi Min Yao Shu 齐民要术 datant du VIe siècle puis dans l’encyclopédie du XVIIe siècle, la Tiangong Kaiwu 天工開物 où est indiqué qu’il faut mettre les feuilles à macérer dans l’eau durant huit jours, puis rajouter de la chaux et battre le liquide avec un bâton. La teinture à l’indigo est souvent associée avec la tradition des ethnies du sud de la Chine10 comme les Miao, Yao, Bai, Yi et Dong, et d’autres populations du Yunnan et Guizhou. Chez les Dong11, la teinture nommée ding (jinh en langue dong) est extraite soit de Persicaria tinctoria soit de Strobilanthes cusia (Acanthacées). Elle donne un bleu sombre qui était apprécié des chasseurs qui désiraient ne pas être vue du gibier.

Après son introduction au Japon, la culture de la renouée des teinturiers se répandit dans tout le pays où elle devint la principale plante tinctoriale cultivée12. On la trouvait dans tous les villages pour approvisionner le teinturier local. Quelques districts comme Tokushima, en faisait une culture commerciale. La renouée des teinturiers fut aussi largement cultivée en Corée et au Vietnam.

Elle peut aussi être cultivée en France, en Italie et en Europe Centrale6 ainsi que dans des zones climatiques plus froides (comme la Pologne) tout en donnant une concentration en indigo semblable à celle obtenue en Chine13. Une étude menée durant trois ans en Allemagne6 a conclu que Persicaria tinctoria était la plante tinctoriale à indigo la mieux appropriée à l’Europe Centrale. La plante a une production semblable de feuilles (2-5 tonnes/ha) que le pastel mais contient de 3 à 5 fois plus d’indigo (en moyenne 1,4 % du poids sec). En 2002 et 2003, la production d’indigo de la renouée variait de 50 à 168 kg/ha en deux coupes annuelles, alors que celle du pastel Isatis tinctoria allait de 10 à 65 kg/ha, en trois coupes annuelles.

L’indigo naturel peut être extrait de diverses plantes : l’indigotier (Indigofera tinctoria), le pastel (Isatis tinctoria), Persicaria tinctoria, Philenoptera cyanescens (=Lonchocarpus cyanescens), etc. La culture industrielle de l’indigotier dans les colonies d’Amérique et d’Inde ruina à partir du XVIIe siècle, la culture européenne du pastel. Puis la découverte d’une technique de synthèse chimique de l’indigo, par le chimiste Adolf von Bayer à la fin du XIXe siècle ruina toutes les cultures d’indigo végétal.

Usages médicinaux :

Il a été établi que la renouée des teinturiers (Persicaria tinctoria) possédait des propriétés antibactériennes, antivirales, anti-inflammatoires et cytotoxiques.

Persicaria tinctoria est une plante utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise. Les fonctionsn sont « refroidir » (débarrasser le corps et le sang de la chaleur) « détoxifier ». Elle était principalement utiliser pour traiter les oreillons, les œdèmes et soulager les démangeaisons.

 

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